18.06.2010
"Après six mois, j'ai bon espoir d'agrandir ma boutique"
Mhin Seaphan tient la nouvelle et unique épicerie asiatique de la ville.
Parcours d’une Laosienne arrivée en France à l’âge de 9 ans.
Comment s’est effectué le départ de votre pays d’origine ?
Notre famille a fui le régime en place au Laos en 1979. Alors que je n’avais que 6 ans, mon père nous a réveillé en pleine nuit. Nous sommes montés dans une embarcation et avons traversé le Mékong pour rejoindre la Thaïlande. Il y avait mes grands-parents, mes parents, mes oncles, frères et sœurs.
Combien de temps êtes-vous restés en Thaïlande avant de rejoindre la France ?
En Thaïlande, nous nous sommes retrouvés dans un camp de réfugiés où nous sommes restés trois années. Les conditions étaient bonnes. Nous étions autorisés à sortir, mes parents cultivaient un jardin potager, et les enfants allaient à l’école. Nous avons appris après être parti, que les conditions dans le camp s’étaient durcies. Certains sont restés sur place et ont obtenu la nationalité thaïlandaise. Pour ceux qui le souhaitaient, l’occasion était donnée de se rendre en Occident.
Dans quelle condition s’est faite votre arrivée en France ?
Nous avons eu le choix. Certains sont allés en Angleterre, d’autres aux Etats-Unis, mais mon père a choisi la France. De Paris à Port-Leucate, de Port-Leucate à Villeneuve-les-Maguelone, nous sommes finalement accueillis au Domaine de Blancardy à Moulès-et-Baucels. Là mon père a travaillé dans les vignes une année, avant d’être embauché dans la menuiserie Randon et Crébassa de Ganges. Une maison a été mise à notre disposition à Laroque. Elle a été équipée entièrement grâce à l’association œcuménique gangeoise Le Lien. Il y avait même des jouets pour moi et du lait et des couches pour mon plus jeune frère ! Mes frères et moi avons alors été scolarisés à l’école de La Présentation.
Votre famille s’intègre et fait sa vie à Ganges. Comme vous, vos frères grandissent et se marient. Quel a été votre premier emploi, une fois votre scolarité terminée ?
J’ai été embauchée en tant qu’opératrice sur machine chez Well au Vigan. J’y suis restée quinze années, avant d’être licencié en 2004. J’ai, ensuite, suivi une formation et fait des remplacements avant de me lancer dans ce projet commercial au début de l’année 2010.
Vous tenez aujourd’hui une épicerie de produits asiatiques. Votre commerce se développe-t-il de façon satisfaisante ?
J’ai démarré avec très peu de produits : Des sauces, du riz, du vermicelle, des boissons et quelques produits surgelés. Après six mois d’existence, le choix s’est élargi et je parviens peu à peu à couvrir mes frais. Je ne me verse pas encore un salaire, mais j’ai bon espoir d’y parvenir et aussi de m’agrandir.
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26.03.2010
Le planning familial va au-delà de la seule contraception des jeunes
Frédérique Le Bourgeois, salariée du planning familial, est conseillère conjugale et familiale et reçoit les vendredis entre 12 h et 14 h, dans les locaux de la mission locale, place Jules-Ferry à côté du collège Louise-Michel.
Le service, gratuitement proposé, va bien au-delà de la contraception en direction des jeunes et du droit à l’intervention volontaire de grossesse, pour laquelle l’association est connue depuis des années. En effet, les missions du planning familial ont évolué. Les publics peuvent être accompagnés dans leur démarche en cas de contamination par le virus du sida (VIH), mais aussi en cas d’agression sexuelle, de violence conjugale, sachant que celle-ci peut également consister à dénigrer, humilier, dégrader et subir des relations sexuelles non consenties. « Notre objectif est l’amélioration des conditions de vie des femmes, quelque soit leur milieu social. Nous les écoutons et les orientons. Nous nous battons aussi pour qu’elles parviennent à se défendrent. Qu’elles aient accès aux droits qui sont les leurs. Des droits qui sont écrits dans les textes de lois. »
Un volet des actions du planning prend également en charge les auteurs de violences. Les interventions en milieu scolaire sont un autre volet de ses des actions. Elles ont lieu chaque année dans les classes du collège Louise-Michel, la Présentation et au lycée du Roc blanc. Violence, respect, relation amoureuse, homosexualité, maladies sexuellement transmissibles, droits, lois... Sont autant de sujets qui peuvent être abordés. Le service peut, par ailleurs, délivrés, aux mineurs et aux non assurés sociaux, des bons de consultation pour dépistage, bilan sanguin, pilule, frottis, teste de grossesse…
En cas d’urgence, Frédérique Le Bourgeois peut être jointe au secrétariat de la mission locale au 04 67 73 01 30.
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27.02.2010
Kaddour Lezaar : "Trente ans dans la mine"
Gangeois d'adoption, il a travaillé à Saint-Laurent-le-Minier.
En quelle année êtes-vous arrivé en France et pourquoi dans les Cévennes ?
Je suis arrivé ici par l’intermédiaire d’un ami. C’était au mois de mars 1952. J’avais 25 ans. J’ai attendu quinze jours avant la première embauche à la mine de Saint-Laurent-le-Minier. Après une visite médicale chez le docteur Boudouresque, j’ai travaillé deux ans à la mine de Saint-Laurent-le-Minier. Puis je suis reparti travailler trois année en Algérie avant de revenir.
Où étiez-vous logé ?
Les célibataires étaient logés en dortoirs, dans des baraquements près du site. La cuisine, les douches et les toilettes étaient collectives…
Comment était le travail ?
C’était très dur ! Au début la mine n’était pas mécanisée. Seul, le perforateur à air comprimé creusait la montagne. Les manœuvres déblayaient à la pelle le tout-venant qui était remonté à la surface pour le concassage, puis la laverie. La mécanisation n’est arrivée que vers 58-59. Plus tard, j’ai appris la perforation. Dans le trou, il y avait un homme à la perforation, et un autre au déblayage. On avançait d’un mètre par jour. Aujourd’hui, la mine a plus de 180 Km de galerie.
Quels étaient les horaires de travail ?
Il y a eu les trois-huit, mais ça n’a pas duré. Il y avait ceux qui travaillaient de nuit et les autres. Lorsqu’on travaillait de jour comme moi, on était une semaine du matin de 6 h à 14 h et une semaine du soir de 16 h à minuit. Les conditions étaient difficiles. Beaucoup d’ouvriers arrivaient puis repartaient définitivement. Il y avait des Italiens, des Espagnols, des Algériens et beaucoup de gens du pays. Ils venaient de Ganges, Sumène, Cazilhac, du Vigan, de Montardier, d’Aulas, d’Avèze … C’était dur, mais il y avait beaucoup de camaraderie. Et en même temps, en tant qu’émigré, la vie n’a pas toujours été facile.
Comment vous rendiez-vous sur le site ?
Un bus montait et descendait les ouvriers. Moi, j’avais une mobylette. Un jour, je me suis fait faucher par une voiture qui redescendait. C’était en 68. J’ai été immobilisé pendant vingt-deux mois. Aujourd’hui, j’ai encore des plaques dans les jambes.
Est-ce que vous alliez chaque année revoir votre famille en Algérie ?
Mon épouse m’a rejoint en France en 1961, mais nous avons attendu quatorze années avant de revoir notre pays et la famille. Au début, le salaire était de 200 frs par mois. On travaillait aussi le samedi. Pour s’en sortir, les ouvriers pouvaient disposer d’un bout de terrain à jardiner. Alors avant ou après le travail, je cultivais les légumes de saison. J’aidais aussi ma femme à la maison. Je faisais la toilette des enfants, je les conduisais à l’école, chez le dentiste… Aujourd’hui, ils travaillent tous et je suis grand-père de quatorze petits-enfants. L’une de mes filles est assistance sociale, une autre travaille en pharmacie. L’un de mes fils a une entreprise de bâtiment et un autre est responsable de trois piscines municipales à Montpellier...
Vous avez eu sept filles et sept garçons. Certains ont-il travaillé à la mine ?
Oui, l’un entre eux y a travaillé sept. Mais ma femme n’était pas contente, car parfois il y avait des accidents. Certains ne sont jamais redescendus… Quand il y avait un éboulement, c’était l’angoisse dans les villages. Les femmes étaient inquiètes et attendaient des nouvelles et le retour des hommes.
Aujourd’hui, vous êtes à la retraite ?
Je suis à la retraite depuis 1986 et j'habite Ganges depuis de nombreuses années. J’ai fait trente ans de mine, mais je n’ai rien à dire, je vais bien. Je ne peux pas en demander davantage…
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